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Les facteurs déterminants de la performance dans les épreuves enchaînées PDF Imprimer Envoyer
  

Les épreuves comme le triathlon, le duathlon et le biathlon sont des enchaînements de disciplines aussi diverses que la natation, le cyclisme, la course à pied, le ski de fond et le tir à la carabine. Ce sont des épreuves enchaînées car la transition entre les différentes épreuves doit être la plus courte possible. Il existe aussi des épreuves combinées comme le décathlon ou le pentathlon moderne. Ces épreuves se déroulent sur un ou deux jours, les athlètes font différentes épreuves les unes après les autres mais avec un temps de récupération assez long de une heure pour le pentathlon moderne à une nuit pour le décathlon.

Les répercussions d’une épreuve sur l’autre sont beaucoup difficiles à quantifier et à analyser, même si elles existent. Il est évident que la dernière épreuve du décathlon à savoir le 1500 mètres va être assez délicate à gérer et difficile notamment sur le plan musculaire.

Dans ces types d’épreuves, d’autres aspects entrent en jeu comme la capacité à se concentrer avant chaque nouvelle épreuve suivant si la discipline est un point fort ou faible par exemple (enchaînement «psychologique »), la gestion de la pression, l’influx nerveux, la récupération qui est différente suivant la sollicitation de l’épreuve précédente.

En effet, les types de contractions musculaires sont différents :

- étirement-contraction pour le cross-country en pentathlon moderne

- isométrie pour l’équitation, l’escrime, et le tir en pentathlon moderne

- pliométrie pour les sauts en décathlon

 

Aussi, la sollicitation peut être plus axée sur le haut du corps (natation en pentathlon moderne), sur la bas du corps (cross-country en pentathlon moderne) ou sur les deux (escrime en pentathlon moderne).

En pentathlon, la « gestion » du staff technique est assez complexe. En effet, les athlètes enchaînent des disciplines aussi diverses que la natation, l’escrime, le tir au pistolet, l’équitation et le cross-country dans une même journée. Cette particularité fait qu’il y a un entraîneur pour chaque discipline et un entraîneur général car chaque discipline est bien spécifique.

Pour la suite, nous nous intéresserons aux épreuves enchaînées uniquement. Effectivement, il existe peu ou pas de littérature sur les épreuves combinées, et de plus, trop de facteurs entrent en jeu dans l’analyse de ces disciplines, facteurs étant très aléatoires et très variables.

En ce qui concerne les épreuves enchaînées, nous allons nous intéresser dans un premier temps aux facteurs physiologiques de la performance, puis dans un deuxième temps aux autres facteurs déterminants de la performance.

 



I) LES FACTEURS DÉTERMINANTS DE LA PERFORMANCE DES ÉPREUVES ENCHAÎNÉES D’UN POINT DE VUE PHYSIOLOGIQUE :

L’enchaînement de plusieurs disciplines nécessite une adaptation musculaire et cardio-respiratoire. Les différents paramètres physiologiques évoluent.

En triathlon, par exemple, le passage de la natation au vélo, puis du vélo à la course à pied provoque à chaque fois un transfert des volumes circulants. Cela engendre des grandes perturbations physiologiques.

Ces perturbations physiologiques se situent principalement au niveau de la thermorégulation (Chadwick et coll.1996), des facteurs musculaires (Prou et coll.1995 ), de l’évolution de la lactatémie sanguine (Hausswirth et coll. 1996) et des facteurs physiologiques que sont la fréquence cardiaque (FC), la VO2 et le volume expiratoire (Hue et coll.1997).

Il existe donc un phénomène que l’on pourrait qualifier de transition physiologique lors du passage d’une discipline à une autre.

En biathlon, les athlètes doivent faire diminuer le plus rapidement leur FC et leur Fréquence Respiratoire (FR) avant le tir, ainsi il n’est pas rare que les 500 derniers mètres avant l’aire de tir soit en descente et comme cela, les athlètes peuvent récupérer. Ils passent d’une FC proche du maximum ( 90 à 95% de FCmax) à une FC égale à environ 65% du Max pour le tir couché et à 75% du Max pour le tir debout (Hoffmann et coll.1992).

En triathlon, l’évolution de la lactatémie sanguine est très intéressante car elle montre bien cette évolution physiologique. La courbe ci-dessous montre l’évolution de la lactatémie sanguine au cours d’une épreuve de triathlon courte distance (1.5 kms de natation, 40 kms de vélo, 10 kms de course à pied) (Hausswirth et coll.1996).

 

Il y a donc bien une intensité spécifique à chaque épreuve et nous pouvons noter l’importance du niveau du seuil anaérobie comme le montre la diminution de la concentration sanguine de lactate lors de la course à pied d’un triathlon.

Aussi, il y a une baisse de l’économie de course et une détérioration du coût énergétique lors de la course à pied d’un triathlon par rapport à une course seule (Hausswirth et coll.1996). En effet, cette altération de l’efficacité en course à pied est liée à la variation des paramètres biomécaniques de la foulée provenant de la fatigue musculaire. La fréquence des foulées augmente et la propulsion par cycle diminue (Hausswirth et coll.1997)

En duathlon, l’évolution de la lactatémie est différente de celle d’un triathlon (Naughton et coll.1998).


Ainsi, suivant l’évolution des paramètres physiologiques dans le temps, il va falloir un entraînement spécifique. En effet, chaque discipline comprenant des épreuves enchaînées a une évolution physiologique bien particulière. Même si toutes les études ne montrent pas la difficulté à enchaîner, elles montrent bien la variation des paramètres physiologiques liée à la fatigue due à la durée de l’effort.

Mais, d’autres facteurs déterminants de la performance dans les épreuves enchaînées entrent en jeu comme la gestion de l’entraînement, de la course, de la saison, etc.…

 

 

II) LES AUTRES FACTEURS DÉTERMINANTS DE LA PERFORMANCE DANS LES ÉPREUVES ENCHAÎNÉES :

L’expérience et la pratique d’un enchaînement fait que la variabilité du CE est faible lors de la course à pied d’un triathlon par rapport à une course à pied seule. En effet, la stabilisation du CE lors de la course à pied serait beaucoup plus rapide, liée à l’expérience et au niveau de l’athlète (Hue et coll.1997). Donc, les années de pratique de la discipline ainsi que la pratique d’enchaînement dans l’entraînement seraient deux facteurs déterminants de la performance.

Aussi, en ce qui concerne le transfert des capacités physiologiques, peu d’études ont abordé ce point. Nous savons que le travail de la capacité aérobie dans une discipline comme la natation aura des répercussions bénéfiques pour la course à pied (il en est de même pour le vélo et la course à pied).

Mais, tout ce qui concerne les allures spécifiques, les athlètes doivent travailler dans discipline. Ce n’est pas parce qu’on travaille à la vitesse spécifique en natation (vitesse spécifique = vitesse la plus élevée possible sur la distance de compétition) que l’on aura des répercussions sur la vitesse spécifique en course à pied. Il y aura des répercussions sur la capacité aérobie en course à pied, car il y a une sollicitation importante de la filière, mais pas sur l’intensité spécifique de la course à pied.

Cela est valable donc pour la vitesse spécifique, le seuil, la PMA et la filière anaérobie lactique.

Si le concept de transfert des capacités physiologiques d’une discipline à l’autre, par contre nous savons que la fatigue est « transférable ». Et, c’est là qu’entre en jeu un autre facteur déterminant de la performance, à savoir la gestion de l’entraînement donc de la saison et ainsi des objectifs.

En ce qui concerne la gestion de l’entraînement, il faut éviter, par exemple, de travailler la PMA deux fois dans la même journée.

En effet, un sport comme le triathlon ou le duathlon nécessite un entraînement bi voir tri quotidien du fait qu’il y a deux et trois disciplines. C’est un point très important. Effectivement, l’agencement de séances dans la journée est à prendre en compte (notamment par rapport au repas).

Une optimisation de l’entraînement et de travail de la séance d’entraînement passe par une gestion de la récupération. Cela afin d’éviter le surentraînement.

Aussi, tout ce que doit comporter une séance type doit être respectée, à savoir :

· Echauffement (plus ou moins poussé suivant l’intensité de travail)

· Corps de la séance

· Temps de récupération adapté

· Retour au calme (récupération active)

· Etirements

 

Cela n’est pas forcément évident lorsque l’athlète a trois séances par jour. Et pourtant, il est nécessaire de respecter cette trame afin d’optimaliser son entraînement et ainsi d’avoir une bonne gestion de l’entraînement.

De plus, le travail de la technique dans chaque discipline est obligatoire pour les « fondamentaux » et pour la PPS (elle en découle). Mais il faut toujours être dans l’optique de l’interrelation avec les autres disciplines et ainsi se mettre en situation, il faut donc enchaîner à l’entraînement (Peutzner et coll.1997). C'est une conception relativement récente et qui arrive avec la nouvelle vague d’athlètes dans l’élaboration et la planification de l’entraînement et de la saison.

En dernier point, nous parlerons de tout ce qui est de l’ordre de la stratégie et de la tactique de course. Avec l’apparition du drafting en cyclisme, la tactique de course a évolué. La natation a pris plus d’importance. Il est nécessaire de nager vite afin de prendre le bon « wagon ». Les moins bons cyclistes sont donc avantagés par cette règle car ils peuvent rester avec les meilleurs. Cette nouvelle règle a influencé le mode de préparation des athlètes. En effet, ils ont du effectuer des courses de cyclisme sur route et le travail en course à pied a évolué. La partie de course à pied lors d’un triathlon avec drafting sera plus rapide que la course à pied lors d’un triathlon sans drafting. L’athlète le plus performant sera celui qui sera capable de conserver une amplitude en accélérant (augmenter la fréquence de foulée) (Dréano et coll.1997). La formation du jeune athlète et le travail de la technique de course à pied devra ainsi prendre en compte le développement de la coordination et de la vitesse gestuelle. Cela restera valable dans les deux autres disciplines.

Aussi, en relation avec le drafting en cyclisme, il faut parler du port de la combinaison qui avantage les moins bons nageurs en améliorant la flottabilité du corps (plus spécialement celle des jambes).

Le port de cette combinaison dans des eaux dont la température ne le nécessite pas forcément, va avoir des répercussions sur la suite de l’épreuve, notamment au niveau de la thermorégulation et ainsi de la gestion hydrique ( Chadwick et coll. 1996).

Cette combinaison va permettre ainsi aux moins bons nageurs de réduire l’écart par rapport aux meilleurs nageurs. De plus, les moins bons nageurs vont pouvoir prendre les « pieds » d’un meilleur nageur qu’eux et ainsi profiter de l’aspiration. Le gain de temps est de l’ordre de 4 ‘‘ par 100 mètres (Léhénaff et coll. 1993).

En dernier lieu, il faut parler de la transition, à savoir le changement de tenue. Il y a énormément de temps qui peut être perdu sur ces 2 phases. Une grande course n’est peut être pas gagnée grâce aux transitions mais elle peut être perdue à cause de ces dernières.

En effet, une mauvaise transition va nous faire rater le bon « pack » en vélo ou en course à pied. Haut plus haut niveau en duathlon, 15 à 30’’ perdue sur la dernière transition et la victoire nous échappe car il n’y a que 5 Kms à courir et les écarts des meilleurs coureurs sont de moins de 30’’.

Tous ces petits détails doivent être travaillés et répétés à l’entraînement. Par la suite, l’athlète se « construit » sa transition dans laquelle il se sent le plus à l’aise (par exemple, il choisit de laisser ou de ne pas laisser les chaussures de vélo sur les cales avant la partie cycliste).

 


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CONCLUSION :

Les épreuves enchaînées ne sont donc pas l’addition des disciplines qui les composent mais l’enchaînement interactif de ces disciplines. Les enchaînements requièrent des capacités particulières comme les techniques de transition en triathlon. La performance dans les épreuves enchaînées est donc fondamentalement multifactorielle. Les épreuves enchaînées sont des activités de longue durer qui nécessite une gestion parfaite des facteurs limitants généraux de toute activité d’endurance (gestion hydrique, thermorégulation, répartition de la dépense énergétique, gestion alimentaire). Nous n’avons pas abordé les facteurs morphologiques car ils ne sont pas autant déterminants que les facteurs traités ci-dessus, ils doivent être pris en compte comme dans tous les autres sports. Nous avons traité que les facteurs déterminants de la performance spécifiques aux épreuves enchaînées. Il est évident que les facteurs biomécaniques, morphologiques et psychologiques sont déterminants de la performance dans ce type d’épreuves. Nous nous sommes plus intéressés aux résultats de leurs interactions : la technique, le rendement et la tactique.

Du point de vue morphologique, le principal facteur à prendre en compte est le % de masse grasse (comme dans tous les sports d’endurance) et ainsi le rapport poids/puissance. En ce qui concerne le versant psychologique, outre l’aspect motivationnel et l’intelligence qui sont indispensables, la gestion de son entraînement, de ses objectifs et de sa saison est primordiale. Cela afin d’éviter le surentraînement et être prêt le jour de l’objectif de la saison car les athlètes ne peuvent pas être au top de leur potentiel toute la saison.