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Bases théoriques de l'entraînement de la force musculaire PDF Imprimer Envoyer
  

La notion d’entraînement dans le langage courant s’emploie dans les domaines les plus divers et désigne le plus souvent un processus, qui par l’exercice physique, vise à atteindre un niveau plus ou moins élevé selon les objectifs envisagés. Dans ce sens Martin (1977) définit l’entraînement de manière générale, comme étant un processus qui produit une modification d’état (physique, moteur, cognitif, affectif).

La notion la plus précise « d’entraînement sportif » est fournie par Matveiev (1972), qui entend par là tout ce que comprend la préparation physique, technico-tactique, intellectuelle et morale de l’athlète à l’aide d’exercices physiques.

Bien que limitée, cette notion sous-entend toutefois une possibilité subséquente de développement et d’amélioration graduelle. Ainsi, l’entraînement dans le sport scolaire et le sport pour la santé visent aussi une amélioration systématique et progressive de la capacité de performance, cependant ils n’ont pas les mêmes objectifs à long terme que les athlètes de haut niveaux. (15)



 

CAPACITÉ POTENTIELLE d’ENTRAÎNEMENT :

La capacité potentielle d’entraînement exprime la capacité qu’a un individu de s’adapter à des charges d’entraînement successives durant un certain nombre d’années. Cette notion dépend de facteurs endogènes (morphologie, âge, sexe, etc.) et exogènes (nutrition, milieu, etc.). Chez un même sujet, elle peut être différente selon le système organique sollicité. (15)


CAPACITÉ de PERFORMANCE SPORTIVE :

La capacité de performance sportive exprime le degré d’amélioration possible d’une performance d’ordre motrice, dans une activité sportive déterminée. Les structures complexes qui la conditionne dépendent d’un certain nombre de facteurs spécifiques. (15)


FACTEURS de la CAPACITÉ de PERFORMANCE SPORTIVE :

La capacité de performance sportive ne peut être améliorée que par un entraînement complexe en raison des multiples facteurs qui la régissent. Seul un développement harmonieux de tous ces facteurs permet une performance individuelle maximale. (15)

 

Les CAPACITÉS de PERFORMANCE SPORTIVE et les COMPOSANTES de la CHARGE d’ENTRAÎNEMENT :

L’amélioration de la capacité de performance s’obtient par la création de stimuli d’entraînement appropriés.

Ceux-ci agissent dans l’ordre suivant :
- Charge d’entraînement.
- Modification de l’homéostasie.
- Adaptation de l’organisme.
- Amélioration des capacités fonctionnelles de l’organisme.

Cependant, pour optimiser les effets de la charge de travail dans chaque unité d’entraînement ou dans leur ensemble, il est indispensable de savoir quelles en sont les composantes individuelles ainsi que le degré de complexité de leurs interactions dans le développement de la capacité de performance. Les composantes de la charge d’entraînement ce que Letzelter appelle « les normes de la charge d’entraînement » (1978) peuvent avoir un aspect quantitatif et qualitatif, et se sont elles qui déterminent la spécificité de l’entraînement considéré.


On distingue alors :

- L’intensité du stimulus (degré de force d’un stimulus) .La densité des stimuli (rapport temporel entre les phases de travail et de récupération)
- La durée du stimulus (durée d’action d’un stimulus isolé ou d’une série de stimuli)
- Le volume des stimuli (durée et nombre des stimuli par séance d’entraînement)
- La fréquence des séances d’entraînement (nombre d’unité d’entraînement par jour, par semaine...). (15)

 

La CAPACITÉ de PERFORMANCE au COURS du CYCLE EFFORT-RECUPERATION :

Après une charge d’entraînement, on observe une diminution provisoire de la capacité de performance (diminution du potentiel énergétique) ; puis, durant la phase de récupération, un retour progressif au niveau fonctionnel d’avant la séance d’entraînement et finalement, une amélioration du niveau fonctionnel (augmentation de la capacité de performance) au-delà du niveau initial (surcompensation).

Si par la suite aucun stimulus d’entraînement n’est administré, un retour au niveau initial d’avant la séance d’entraînement s’amorce graduellement (désentraînement). Si d’autres stimuli d’entraînement surviennent avec des intervalles adéquats, on constate une amélioration continue de la capacité de performance.

Dans le cas où les stimuli d’entraînement sont placés dans la phase de récupération incomplète, il se produit un effet de sommation très efficace (Matveiev 1972). C’est ce qui se passe lorsque les intervalles de repos sont courts entre les stimuli d’entraînement isolés (répétitions).

Par exemple dans l’entraînement de la force musculaire par répétition de séries (8x100kg, pause, etc) ou dans un entraînement par intervalles (5 séries de 10 répétitions). La récupération est donc incomplète durant la pause interstimuli et ceci engendre rapidement une diminution importante des réserves énergétiques des muscles à l’effort, avec pour corollaire un phénomène de surcompensation plus marqué dans la phase de repos postentraînement. Si on choisit des intervalles plus longs, dans un entraînement contenant un trop grand nombre de séries durant plusieurs unités d’entraînement, on s’expose au phénomène de surentraînement, et à une diminution de la capacité de performance. (15)



CONCEPT DE FORCE DANS LA LITTÉRATURE


Il est nécessaire de rappeler qu’il existe un nombre important de terminologies non exhaustif, à propos du concept de force. Le mot force dans la littérature est d’ailleurs le plus souvent accompagné d’un qualificatif ; ce qui montre bien l’extrême complexité à cerner parfaitement ce concept. La notion de force utilisée comme concept dans l’entraînement en force athlétique, engendre la notion de force maximale, force vitesse, force endurance, force relative... ; auquel on peut ajouter de nombreux autres qualificatifs.


Vigarello et Vives (1985) ainsi que Junqua et coll. (1989) :

ont particulièrement bien mis en évidence le décalage pouvant exister entre le discours technique employé par l’homme de terrain, et le langage scientifique.

Même à travers des publications d’auteurs comme celles de Katch et Mac Ardle (1985), Cometti (1988), le concept de force n’est pas précisément défini, en effet ces auteurs analysent les moyens d’évaluer et de développer la force comme si la maîtrise de cette notion allait de soi.

Malgré le manque de pertinence qui peut exister autour de la notion de force, il semble que trois axes de définitions peuvent être observés en faisant référence aux différents auteurs qui ce sont intéressés à ce concept : (13)

DÉFINITIONS en RAPPORT avec la CAPACITÉ du MUSCLE à DÉVELOPPER un CERTAIN NIVEAU de TENSION


Pour Fox et Mathews (1981) :
« la force est la capacité qu’a un groupe de muscles de forcer au maximum contre une résistance. » Ces deux auteurs préciseront plus tard : « la force musculaire se définit comme étant la tension qu’un muscle ou plus exactement un groupe de muscles, peut opposer à une résistance en un seul effort maximal. Il existe 4 types de contractions musculaires ; isotonique, isométrique, excentrique et isocinétique ». (13)


Pour Manno (1992) :
« la force musculaire est la capacité motrice qui permet à l’homme de vaincre une résistance ou de s’y opposer par un effort intense de sa musculature ». (13)


Weineck (1986) :
souligne quant à lui, la difficulté inhérente à la définition de la force.
« formuler avec précision une définition de la force qui englobe à la fois ses aspects physiques et psychiques, présente des difficultés considérables, car les modalités de la force, du travail musculaire, de la contraction musculaire, sont très complexes et dépendent d’une multitude de facteurs. » Ainsi, pour cet auteur, une définition claire et précise de la notion de force n’est possible qu’en relation avec les différentes modalités d’expression de la force : (13)
- Force maximale
- Force vitesse
- Force endurance


FORCE MAXIMALE :


A travers cette appellation il faut distinguer la force maximale statique et la force maximale dynamique.

La force maximale statique est selon Frey (1977) in Weineck (1986) :
la force la plus grande que le système neuromusculaire peut exercer par une contraction volontaire contre une résistance insurmontable, c’est à dire que l’on ne peut déplacer.

La force maximale dynamique, Weineck (1986) :
est la force la plus grande que le système neuromusculaire peut développer par une contraction volontaire dans la réalisation d’un mouvement gestuel .

Pour Ungerer (1970) in Weineck (1986) : la force maximale statique est toujours plus grande que la force maximale dynamique car une force maximale ne peut être réalisée que si la charge limite et la force de contraction s’équilibrent.


FORCE VITESSE :

La force vitesse pour Harre (1976) et Frey (1977) in Weineck (1986) :
est caractérisée par la capacité qu’a le système neuromusculaire de surmonter des résistances avec la plus grande vitesse de contraction possible.

Pour Werkhoshanski (1978) in Weineck (1986) :
l’importance de la force dans la force vitesse, va augmenter au fur et à mesure que la charge à augmenter s’accroît.


FORCE ENDURANCE :

Pour Harre (1976) in Weineck (1986) :
la force endurance est définie par la capacité que possède l’organisme de résister à la fatigue lors d’efforts de force de longue durée.


DÉFINITION DISTINGUANT PHYSIOLOGIE et PHYSIQUE

Pradet (1989) opère la distinction suivante :
« en tant que caractéristique mécanique du mouvement, la force est toute cause capable de modifier l’état de repos ou de mouvement d’un corps et est définie par une intensité, une direction et un point d’application. » « en tant que propriété humaine, la force est la faculté que l’homme a de vaincre une résistance extérieure ou d’y résister grâce à la contraction musculaire ».


DÉFINITION se RAPPORTANT aux MOUVEMENTS HUMAIN

Demeny (1924) :
précise correctement le problème en distinguant forces internes et force externes : « notre corps est soumis aux mêmes lois que les machines ordinaires ; les mouvements des membres, le déplacement du corps en masse sont dus à l’action de forces intérieures ou extérieures. Les premièrement prennent naissance dans nos muscles, changent la forme de notre corps et les positions relatives des os, ce sont la contraction et la tonicité musculaires, l’élasticité et la résistance de nos tissus. Les secondes forces sont extérieures, constamment en antagonisme avec les premières ». (13)

 

 

LA FORCE COMME OBJECTIF GLOBAL

L’entraînement de la force produit des adaptations chronologiques, organiques et fonctionnelles, l’organisme réagissant aux stimuli moteurs selon la loi qualitative de l’entraînement. Les méthodes et les contenus de l’entraînement déterminent la nature de l’adaptation, autrement dit la nature de l’entraînement de la force détermine la nature de l’adaptation musculaire. Il faut ajouter à cette loi qualitative, la loi quantitative qui nous dit : au fur et à mesure que la force augmente, les activités d’entraînement doivent toujours être augmentées pour obtenir des résultats moindre. La force motrice est limitée par la nature du système neuro-musculaire. La motivation intervient également comme facteur d’influence. (8) Bührle et Schmidtbleicher (1981) définissent trois facteurs déterminants de la force motrice : (8)
- un facteur morphologique et physiologique
- un facteur de coordination
- un facteur de motivation.

Le facteur de coordination porte sur l’interaction des capacités morphologiques fonctionnelles, on distingue la coordination intermusculaire et la coordination intramusculaire.

Alors que les facteurs d’influence morphologiques et physiologiques exercent une action transférable et interviennent donc dans divers exercices de force, les coordinations intermusculaire et intramusculaire restent propres à un mouvement : l’action ne se transpose pas aux mouvements d’un autre ordre, ou elle ne le fait que dans une faible proportion.

La coordination intermusculaire : se définit par la collaboration entre tous les muscles participant à un même mouvement agonistes (synergistes) et antagonistes. Un système parfaitement réglé de stimuli et d’effets inhibiteurs produit une alternance caractéristique de contraction et de décontraction, même au niveau de la « coordination des stimuli partiels ».

La coordination intramusculaire : porte sur la coordination de tous les éléments à l’intérieur du muscle ; on entend par là, l’action synchrone des différentes fibres. Plus la coordination intramusculaire fonctionne, plus le nombre de fibres musculaires innervées simultanément est important, de telle sorte que même celles qui ont un rythme de contraction différent (fibres lentes et fibres rapides) atteignent au même moment la force maximale de leur action. Ce dernier point est particulièrement favorable pour les fortes accélérations motrices : plus le nombre de fibres contractés simultanément est important, plus la force de l’impulsion est grande. La coordination intramusculaire entraîne une « charge groupée » et provoque une exécution « explosive » du mouvement. Elle permet aussi le développement d’une force statique et d’une force dynamique maximale.

Le facteur de motivation doit être interprété de la même façon. Il provoque un épuisement des réserves de forces et permet au sportif de mieux utiliser ses réserves (sous la forme de force maximale, de force-vitesse ou de force-endurance).

Les différences individuelles de force conditionnent pour une part, d’importantes différences de performance. D’un autre côté, la part de la force dans la détermination de la performance varie extrêmement selon les disciplines. Les différences résultent de plusieurs origines ; il y a d’un côté des causes physiques, et de l’autre des causes biologiques : (8)
- résistances différences,
- angles de travail différents,
- durées de mouvement différentes,
- vitesses différentes d’exécution du mouvement,
- rythmes différents de contraction et de décontraction,
- modes de travail différents,
- importance différente de la musculature mise en œuvre.

La force maximale est la plus grande force que puisse développer le système nerveux et musculaire pour une contraction volontaire maximale.


Il faut distinguer force maximale et force absolue : (8)

La force absolue étant la somme de la force maximale et des réserves de force. Elle est donc par définition supérieure à la force maximale.
Mais la force absolue ne peut pas être volontairement mise en œuvre, elle n’intervient que lorsque toutes les unités motrices sont innervées en même temps. Ce résultat ne s’obtient pas dans les situations d’entraînement ou de compétition, il ne s’obtient que par une stimulation excessive, par exemple sous l’effet de stimuli électriques en laboratoire (avec l’interpolation de secousses musculaires), sous l’effet d’un stimulus extéroceptif (cri d’Ikaï), sous l’effet de l’hypnose ou sous l’effet du dopage. Sinon, l’homme ne peut mobiliser volontairement toutes ses forces, il ne peut pas mettre volontairement en action le maximum de force dont il dispose, il reste des réserves protégées de façon autonome. C’est un moyen pour le SNC de protéger l’intégrité physique du sportif, en limitant la production de force, donc en limitant la synchronisation d’un trop grand nombre d’unités motrices. En effet la contraction musculaire volontaire ne dépend pas uniquement de la quantité du tissu musculaire donc du nombre de fibres, et de la qualité de ce tissu donc du type de fibre, elle dépend aussi de la capacité du système nerveux à activer cette masse.

On peut noter que les réserves de force à ce niveau sont beaucoup plus importantes chez le débutant que chez l’expert, qui avec l’entraînement recrute un plus grand nombre d’unités motrices La force absolue est définie entre autre chose par la section transversale du muscle. La capacité d’activation volontaire se traduit par la différence entre force absolue et force maximale. Cette différence est le « déficit de force » que l’entraînement permet de réduire considérablement. Il varie de 30% chez le sujet non entraîné à 10% chez le sujet entraîné. Non seulement le sujet entraîné bénéficie de meilleurs facteurs de la condition physique mais il est en mesure de mieux les exploiter. Il dispose donc de deux avantages par rapport au sujet non entraîné.


Facteurs d’influence de la force maximale :

La force maximale est essentiellement déterminée par :
- la section transversale du muscle
- le nombre de fibre musculaires
- la structure du muscle
- la longueur des fibres musculaires et l’angle de traction
- la coordination
- la motivation

Le principal facteur déterminant est la section du muscle. Les indications que l’on peut trouver dans les ouvrages spécialisés sur la force maximale au cm² varient de 4 à 10kp, car il y a des différences considérables entres les différents muscles. L’épaisseur du muscle et la force maximale sont toutefois étroitement liées. L’influence spécifique de la section musculaire sur la force maximale a conduit à des mesures d’entraînement provoquant l’épaississement de chaque fibre musculaire et par là même du muscle tout entier. (8)

FORCE MAXIMALE et POIDS du CORPS :

On ne peut pas juger de la force maximale indépendamment du poids du corps. L’entraînement de la force maximale provoque une hypertrophie et par conséquent une prise de poids. C’est pourquoi nombres de powerlifters doivent changer de catégorie de poids au cours de leur carrière au fur et à mesure que leur force augmente. L’augmentation de force est toutefois généralement supérieure à l’augmentation de poids. Ce principe est bien connu en powerlifting, du reste la relation n’est pas réciproque : la supériorité de poids ne correspond pas forcément à une supériorité de force. (8)

FORCE RELATIVE :

Dans beaucoup de disciplines comme la course, la gymnastique aux agrès ou le patinage artistique, le sportif ne déplace que son propre corps. La capacité en question est alors non pas la force maximale mais la force relative.
Force relative = force maximale / poids de corps.
La force relative est la force maximale que développe un sportif par rapport au poids de son propre corps. Il faut distinguer cette notion d’une autre définition de la force relative qui est d’après Groh (1972) la force maximale réalisable à un instant donné de l’entraînement. Cette dernière varie constamment, elle commence par la force de départ et se termine avec la force finale ou la force limite. La force limite est la force qui peut être développée dans les conditions d’entraînement les plus favorables ; c’est la « perspective de force maximale ». L’hypertrophie va de paire avec une prise de poids alors que l’amélioration de la coordination intermusculaire et intramusculaire provient d’un meilleur fonctionnement du système neuro-musculaire et permet d’atteindre certains objectifs sans augmentation de poids. (8)


ENTRAÎNABILITÉ DE LA FORCE

On sait par la pratique sportive que l’entraînabilité et la tolérance ne dépendent pas uniquement du niveau de performance, mais aussi de l’âge et du sexe. Les sujets entraînés peuvent tolérer des charges plus importantes que les sujets non entraînés, les adultes peuvent tolérer des charges plus importantes que les enfants ou les adolescents et le bénéfice de l’entraînement est plus important chez les sujets non entraînés que chez les sujets déjà entraînés : plus le niveau de performance est élevé, moins le bénéfice de l’entraînement est important pour un volume d’entraînement comparable. Les bénéfices de l’entraînement sont par définition à considérer en fonction du niveau de performance de départ, que ce soit sur le plan de la force-maximale, de la force-vitesse ou de la force-endurance. De là découle la loi quantitative de l’entraînement et le principe de la charge progressive. Les débutants obtiennent d’importants gains de force, alors que les athlètes fortement entraînés doivent « se contenter » de gains minimes en dépit d’un volume de travail considérable. Les différentes capacités de force sont en partie inégalement entraînables dans les différentes tranches d’âge.

Il y a des sommets et des creux de l’entraînabilité. Les sommets et les creux de l’entraînabilité diffèrent en fonction des capacités spécifiques ; il n’y a pas de séquence d’une façon générale plus ou moins favorable à l’entraînement de la force dans son ensemble. L’entraînabilité varie selon le sexe et l’âge. Les différences d’entraînabilité entre hommes et femmes, garçons et filles, sont également variables, elles dépendent des différentes capacités de force. (8)

Si l’on se réfère aux différents facteurs qui ont une influence dans la production de force, on constate que chaque composant permet d’obtenir une amélioration de la force maximale. Des efforts concentriques et excentriques de courte durée provoquent surtout un accroissement de la force par l’amélioration de la coordination intramusculaire, même si la force de contraction d’une unité motrice isolée n’est que faiblement améliorée (Bührle et Schmidtbleicher 1981). L’amélioration de la coordination intramusculaire, augmente la force sans pour autant augmenter la force transversale du muscle (hypertrophie) et par conséquent, le poids du sujet. Ceci revêt une grande importance dans les disciplines sportives où le poids de corps est un facteur déterminant de la performance. Du point de vue énergétique, ce sont les composés phosphatés riches en énergie (ATP-CP), qui jouent un rôle décisif dans le développement de la force, puisque le temps durant lequel la force se réalise est de l’ordre de quelques secondes. Une charge maximale soutenue jusqu'à l’épuisement, provoque une acidose intramusculaire (accumulation de lactate) et fait diminuer la performance à un niveau sous-maximal. (8)


ADAPTATIONS BIOÉNERGÉTIQUES AU COURS D’EXERCICES DE POWERLIFTING ET DE WEIGHTLIFTING

Peu d’études ont été effectuées sur les sollicitations bioénergétiques de telles activités ; la raison est essentiellement technique. En effet ces disciplines associent des exercices très brefs et très intenses au cours desquels il est difficile d’appliquer les techniques habituellement utilisées au cours d’exercices musculaires plus longs. Les moyens dont disposent les physiologistes pour juger des phénomènes bioénergétiques de ces activités sont : (2)
- la mesure de la puissance développée.
- la mesure de la consommation d’O2
- le dosage des substrats énergétiques.
- le dosage des métabolites sanguins et musculaires
- le dosage des activités enzymatiques à partir de biopsies musculaires.

PUISSANCE DEVELOPPEE :

Il a été montré que sur quelques secondes des haltérophiles de niveau olympique pouvaient développer des valeurs très élevés de puissance de l’ordre de 4500 à 5000Watts.

 

CONSOMMATION d’O2 :

L’évolution de la consommation d’O2 (VO2) généralement utilisée pour apprécier la dépense énergétique au cours de l’exercice musculaire est mal connue au cours d’exercices d’haltérophilie et sa valeur maximale (VO2max), n’a fait l’objet que de peu d’études. Il est malgré tout admis que la VO2max d’un powerlifter ou d’un weightlifter, n’est pas très élevée. En effet le type d’entraînement pratiqué ne semble pas induire de changement significatif de la VO2max, vraisemblablement en raison d’une sollicitation trop faible du système de transport d’O2. Enfin, le suivi de la Fc largement utilisé dans des disciplines dites d’endurance pour juger indirectement de la sollicitation du système de transport d’O2, ne peut être interprété de façon précise car le type d’exercice n’induit qu’une faible élévation de la Fc.

 

DOSAGE des MÉTABOLITES SANGUINS et des SUBSTRATS ÉNERGÉTIQUES MUSCULAIRES :

Au cours d’exercices tels que le développé couché et les squats, les changements observés sont fonction de la charge utilisée, du nombre de répétitions et de la durée de la période de récupération. Dans le cas d’un nombre de répétitions peu élevé, suivi de périodes de récupération de 2 à 5mn, il n’apparaît que très peu de changement en ce qui concerne le glucose sanguin, le pyruvate et la lactatémie qui atteint des valeurs de l’ordre de 4mmoles/L. Pour ce type d’exercice, l’énergie provient essentiellement des composés phosphorés riches en énergie (ATP et PC). Lorsque le nombre de répétitions augmente et que la durée des périodes de récupération diminue, les changements sont plus nets et la lactatémie peut alors atteindre 16 à 17mmoles/L. Ce dernier résultat indique que dans ce type d’exercice il existe une voie de suppléance qui est la glycolyse anaérobie.

Plus récemment Tesch a pratiqué la technique de biopsie musculaire au niveau du muscle vaste externe avant et après des exercices d’haltérophilie, pour étudier l’utilisation des substrats énergétiques. Ces biopsies montrent une diminution de l’ATP et de la PC de 50%, du glycogène de 40%, une augmentation du glucose 6 phosphate, une multiplication par 5 de la concentration en acide lactique et enfin plus surprenant une diminution significative des triglycérides. Ainsi la pratique d’exercices utilisés en haltérophilie ou en force athlétique semble induire un important déséquilibre énergétique. En effet la diminution de la concentration en ATP dans la muscle indique que son hydrolyse est plus rapide que sa régénération par la phosphorylation de l’ADP alors que dans la plupart des autres disciplines sportives la concentration en ATP reste constante. La diminution du glycogène, l’augmentation des intermédiaires de la glycolyse et du lactate, montrent que de tels exercices sollicitent très rapidement et de façon importante le métabolisme anaérobie lactique. Ces résultats ont été confirmés lors d’exercices de sprint sur cycloérgomètre. La diminution des triglycérides et l’élévation de acides gras circulants est en faveur de l’utilisation de l’oxydation des lipides comme apport d’énergie au muscle.

Concernant les effets de l’entraînement sur les métabolites et les substrats énergétiques musculaires, les études sont rares. MacDougal précise que les exercices effectués lors d’entraînements d’haltérophilie entraînent une augmentation de la quantité de glycogène musculaire et des composés phosphorés après entraînement. Tesch observe que des modifications enzymatiques apparaissent lorsque l’entraînement est effectué pendant plus de 6 mois en fait, lorsque celui-ci entraîne une hypertrophie significative. Il rapporte une diminution d’activité de la plupart des mécanismes enzymatiques sauf de la lactate déshydrogénase, qui resterait inchangée ou pourrait être augmentée dans les fibres musculaires rapides à fort potentiel glycolytique. Cependant, les relations entre changements enzymatiques et performance ne sont pas encore clairement établies.

 

EFFETS sur la STRUCTURE des MUSCLES :

La pratique régulière d’activité comme le powerlifting, pendant environ 2 à 3 mois entraîne une augmentation de la masse musculaire essentiellement par hypertrophie : augmentation du diamètre des fibres musculaires et de la grosseur des myofibrilles. Cependant un phénomène d’hyperplasie pourrait aussi intervenir. L’étude de la typologie des fibres musculaires à contraction rapide a montré que les weightlifters et donc les powerlifters présentaient généralement un pourcentage plus important de fibres musculaires à contraction rapide à métabolisme glycolytique.

 

 

BASES ANATOMO-PHYSIOLOGIQUES DE L’ENTRAÎNEMENT DE LA FORCE


LES EFFETS de l’ENTRAINEMENT de la FORCE sur le MUSCLE SQUELETTIQUE :

Augmentation du volume musculaire (hypertrophie) :

Sollicitation des muscles par un exercice de force au dessus de la normale

Elévation des besoins en ATP et de sa resynthèse

Activation des mécanismes cellulaires génétiques

Augmentation de l'ADN et de l'ARN avec pour conséquence, l'activation de la synthèse des protéines musculaires

 

Une augmentation de la force par hypertrophie dépend du type d’entraînement effectué : il faut que le stimulus d’entraînement soit suffisamment long (par exemple, 8-12 répétitions dynamiques) et d’intensité moyenne (environ 40-60 % de la force maximale) pour qu’il y ait une augmentation de la masse musculaire. Des stimuli de haute intensité, avec peu de répétitions (1-3 répétitions dynamiques) ou durant un laps de temps très court, en agissant sur la force vitesse, permettent d’augmenter la force uniquement en agissant sur la coordination intramusculaire, donc sans hypertrophie.


 

Sollicitation des muscles par un exercice de force au dessus de la normale

Elévation des besoins en ATP et de sa resynthèse

Activation des mécanismes cellulaires génétiques

Augmentation de l’ADN et de l’ARN avec pour conséquence,

l’activation de la synthèse des protéines musculaires

Hypertrophie de la cellule musculaire

et diminution relative de la dégradation de l’ATP pour un stimulus donné

Adaptation musculaire aux stimuli de force

 

Amélioration de l’innervation intramusculaire : Dans la première étape de l’entraînement de la force, c’est surtout au niveau de l’amélioration de l’innervation intramusculaire que se fait le gain de force observé, c’est-à-dire, que lors d’une contraction musculaire volontaire, un plus grand nombre de fibres peuvent être contractées. Comme le montre la pratique sportive, peu de temps après le début de l’entraînement une augmentation de la force musculaire est perceptible. Il ne s’agit pas du résultat de l’augmentation de la masse musculaire dans un si court laps de temps, mais bien essentiellement des conséquences de l’amélioration de l’innervation intramusculaire. Ce n’est que plus tard durant le processus d’entraînement qu’apparaît une augmentation de la force par un agrandissement du diamètre des fibres et par conséquent du muscle lui-même (Friedebold, Nüssgen et Stoboy 1957).

Augmentation des réserves d’énergie et des enzymes du métabolisme anaérobie : Un entraînement prédominant de la force ne conduit pas seulement à une hypertrophie du muscle, mais également à une augmentation des réserves en glycogène et en composés phosphatés riches en énergie (Saltin 1973, Jakowlev 1975).

Après un entraînement de la force, on constate une augmentation de la Pc de 20 à 75% (Hollmann et Hettinger 1980).

FACTEURS qui INFLUENCENT l’ACCROISSEMENT de la FORCE à l’ENTRAÎNEMENT :

Gain et diminution de la force en fonction de la durée d’acquisition On peut dire en générale qu’une augmentation rapide de la force se traduit par une régression aussi rapide après l’arrêt de l’entraînement. Un haut niveau de force acquis au fil des années régresse plus lentement. En cas de repos total le muscle peut perdre en une semaine jusqu'à 30% de sa force.

En revanche il a été constaté que le gain de force persiste plus longtemps lorsqu’il est le résultat d’une augmentation de la masse musculaire plutôt que de l’amélioration de l’innervation des unités motrices et de la coordination intramusculaire qui en découle (Adam et Werkhoshanski 1974).

 

RÉFÉRENCES

 

(1) ALBERT M. (1997), « Entraînement musculaire et isocinétisme excentrique ». Masson.

(2) BONNET F., TERME A., SOL G. (1992), « Muscle et sport : traumatologie et biomécanique du sport ». Springer-Verlag.

(3) CARAVANO P. (1995),« Pratique de la culture physique et de la musculation ». Vigot.

(4) FLECK S.J. & KRAEMER W.J. « Designing resistance training programs ».Human Kinetics Books.

(5) GUIBBERT L. (1989), « 1000 jeux et exercices de musculation. ».Vigot.

(6) HANNIE P.Q. & Coll. (1995), « The effects of recovery on force production, blood lactate, and work perfomed during bench press exercice ». Journal of Strength and Conditioning research.

(7) LACOUR J-R. (1992), « Biologie de l’exercice musculaire ». Masson.

(8) LETZELTER H. & M. (1990), « Entraînement de la force ». Vigot.

(9) Mc ARDLE W.D. & KATCH F. & V. (1987), « Physiologie de l’activité physique, énergie nutrition et performance ». Vigot (10) PRADET M. (1996), « La préparation physique ». Collection Entraînement INSEP.

(11) ROBINSON J.M. & Coll. (1995), « Effects of different weight training exercice/rest intervals on strength, power, and high intensity exercice endurance ». Journal of Strength and Conditioning research.

(12) SFORZO G.A. & TOUEY P.R. (1996), « Manipulating exercice order affects muscular performance during a resistance exercice training session ». Journal of Strength and Conditioning research.

(13) TRILLES F. (1994), « Techniques et méthodes de l’entraînement sportif ». CNFPT.

(14) VRIJENS J. (1991), « L’entraînement raisonné du sportif ».De Boeck Université

(15) WEINECK J. (1990), « Manuel d’entraînement ». Vigot.