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Le concept de préparation physique PDF Imprimer Envoyer
  

Lorsque l'on se propose d'approfondir un sujet, il importe de clairement définir le champ et les limites du thème abordé, en précisant en cas de besoin le sens personnel que l'on attribue au concept. Précaution indispensable sans laquelle on risque d'aboutir à des problèmes de communication, voire à se rendre totalement incompréhensibles à nos interlocuteurs, dans la mesure où ceux-ci peuvent avoir une représentation différente des réalités que recouvre une même terminologie.

Dans le domaine de la préparation physique, cette stratégie s'avère nécessaire à maints égards. Le monde sportif, déjà peu enclin à la rigueur en ce qui concerne son vocabulaire, a pris semble-t-il, un malin plaisir à brouiller un peu plus les pistes dans ce domaine. Avec, pour effet, de faire perdre sa cohérence et son unité au concept, et de favoriser ainsi une perception très différenciée des procédures et des principes qui le gouvernent.

Pour les uns, la préparation physique est devenue l'ensemble des activités hygiéniques et de loisirs auxquelles on a coutume de se soumettre avant d'aborder la période d'entraînement proprement dite. Pour d'autres, elle se limite à la phase initiale de tout apprentissage et se trouve de ce fait réservée à une population jeune, débutante ou juste initiée, mais s'avère en tous cas mal adaptée dès que l'on aborde la pratique sportive et compétitive. Pour certains enfin, il s'agit plutôt d'une phase transitionnel le, que l'on interpose entre des périodes d'efforts suivis, et à laquelle on attribue essentiellement des vertus de dérivation et de récupération

Fort bien ! -serions-nous tenté de dire- la préparation physique, ce peut être aussi cela. Mais c'est tellement plus que cela ! C'est avant tout un processus intégré et permanent, présent à tous les moments, à toutes les périodes de l’entraînement sportif.

Si on le distingue volontairement à l'intérieur du concept d'entraînement, c'est qu'il se centre sur les paramètres les plus généraux et les plus transférables susceptibles d'influencer la réussite sportive. Il convient, de ce fait, de ne pas directement intervenir sur les aspects technico-tactiques propres à une discipline sportive, même s'il apparaît évident que ce processus doive les intégrer dans son organisation générale, puisqu'ils représentent en quelque sorte l'aboutissement et la vérification de son efficacité.

La préparation physique est ainsi presque exclusivement préoccupée par le développement de ce que Jürgen Weineck appelle "les facteurs conditionnels et coordinatifs physiques de la performance" et que nous préférons désigner du terme générique de Qualités Physiques. Cette expression nous semble en effet qualifier de façon plus simple et plus complète les réalités concrètes et les différents paramètres à développer lorsque l'on désire améliorer le potentiel physique d'un individu et l'utilisation qu'il est susceptible d'en faire.

À cet égard, les aspects psychologiques interviennent de façon déterminante, et complètent efficacement les aspects bioénergétiques, bio-informationnels ou biomécaniques, qui saturent bien évidemment le concept de "qualités physiques".

Définition : « La préparation physique (PP), est l'ensemble organisé et hiérarchisé des procédures d'entraînement qui visent au développement et à l'utilisation des qualités physiques du sportif. Elle doit apparaître de façon permanente aux différents niveaux de l'entraînement sportif et se mettre au service des aspects technico-tactiques prioritaires de l'activité pratiquée. »

Plusieurs grandes orientations émergent de cette définition.

* La préparation physique définit clairement son objet : les qualités physiques du sportif. Il importe donc de cerner ce nouveau concept de façon précise, d'en fixer les limites et les facteurs déterminants, pour ensuite inventorier les procédures susceptibles de les influencer positivement.

* La préparation physique doit être une permanence du processus d'entraînement. Elle doit donc nécessairement adapter ses modalités d'application à l'organisation générale de ce processus.

Aussi va-t-elle en quelque sorte calquer son ordonnancement sur la périodisation utilisée habituellement dans la plupart des sports, et qui distingue :
- la période préparatoire
- la période précompétitive (ou spécifique)
- la période compétitive

À chacune de ces périodes correspondra donc une orientation adaptée de la préparation physique, ce qui va donner lieu à une terminologie plus précise faisant la différence entre :


- la préparation physique généralisée
(PPG) : visant au développement mais surtout à l'harmonisation des différentes qualités physiques (travail des points faibles, par exemple). Ce type de Préparation Physique sera pour l'essentiel mis en place durant la période préparatoire de l'entraînement.


- la préparation physique auxiliaire
(PPA) : recherchant le développement des qualités physiques les plus en rapport avec l'activité pratiquée, mais aussi sous la forme la plus spécifique et la plus adaptée aux choix technico-tactiques retenus, ainsi qu'aux caractéristiques individuelles de l'athlète.
C'est en particulier sur le travail des points forts qu'il conviendra de mettre l'accent à cette période. L'importance de la PPA ira croissant dans la période précompétitive.


- la préparation physique spécifique
(PPS) : tout entière soumise aux exigences compétitives de la spécialité sportive pratiquée, et dont le seul but sera de participer à l'émergence de ce que l'on a coutume d'appeler "l'état de forme" ou "l'état de condition physique absolue" (Matveiev) et qui se caractérise par l'harmonisation de tous les facteurs conditionnant la performance. Parmi eux, les facteurs psychologiques, dont l'importance est déterminante. Ce type de PP sera bien sûr mis en place pour l'essentiel durant la période compétitive (tableau 1).



 

LES DIFFÉRENTS ÉTATS DE LA PRÉPARATION PHYSIQUE

ORIENTATION

DE LA PRÉPARATION PHYSIQUE

PÉRIODE ÉLECTIVE

BUT RECHERCHÉ

GÉNÉRALE

PRÉPARATOIRE

Développement et harmonisation des diverses qualités physiques. Travail des points faibles.

AUXILIAIRE

PRÉCOMPÉTITIVE

Développement des qualités physiques en rapport direct avec l'activité, en fonction de l'individu et des choix technico-tactiques. Travail des points forts.

SPÉCIFIQUE

COMPÉTITIVE

Harmonisation de tous les facteurs de performance. Recherche de "l'état de condition physique absolu".

tableau 1

* La préparation physique est au service de l'athlète et de l'activité physique pratiquée. Elle ne doit pas se substituer aux priorités établies par les responsables techniques et les entraîneurs spécialistes de la discipline. Le préparateur physique doit bien s'imprégner de cette idée essentielle, faute de quoi son action risque de perdre une grande partie de son efficacité. Les stratégies qu'il va être amené à concevoir doivent se fondre dans la conception générale de l'entraînement et tendre aux mêmes objectifs : la réussite finale en compétition.

Dans ce but, et bien qu'il ne lui soit pas absolument nécessaire de posséder une connaissance technique approfondie de l'activité pratiquée, il se doit cependant d'en avoir fait une analyse précise, pour en dégager les exigences physiologiques et psychologiques. Il pourra ainsi participer à l'élaboration initiale du plan d'entraînement, faire valoir le point de vue d'une approche moins techniciste, plus centrée sur l'athlète que sur l'activité elle-même et influencer la démarche commune. Mais en aucun cas il ne devra adopter une position marginale, dissociée des autres membres de l'équipe d'entraînement. Un fonctionnement autonome du secteur de la préparation physique, aussi élaboré soit-il, a toujours des conséquences négatives qu'il convient d'évoquer.

Tout d'abord, une telle autonomie est source de conflits, institutionnels ou relationnels, entre les différents partenaires de l'équipe d'entraînement, ce qui finit par placer l'athlète dans une position délicate, toujours préjudiciable à la réussite sportive. Ensuite, et c'est sans doute là que réside le principal risque, la pratique dissociée de la préparation physique peut inciter l'athlète à inverser la hiérarchie de ses objectifs et l'amener à faire de ce secteur sa priorité absolue. Cette attitude s'observe fréquemment chez des sportifs traversant une période difficile de restructuration technique ou tactique qu'ils ne parviennent pas à maîtriser. La préparation physique peut alors devenir une sorte de refuge, de fuite, sans doute confortable momentanément, mais qui va vite déboucher sur l'échec sportif, si cette attitude persiste.

Pour avoir été nous-mêmes confronté à de telles situations, qu'il n'est pas toujours aisé de percevoir, il nous semble important de mettre en garde le futur préparateur physique contre un tel comportement.

Après avoir évoqué les limites d'action de la préparation physique, il convient de se centrer sur ce qui en constitue le noyau dur : l'entretien et le développement des qualités physiques.

Dès lors une nécessité s'impose : définir et classifier les caractéristiques de base de la motricité humaine.

 


1. LES QUALITÉS PHYSIQUES

Nous l'avons dit, cette terminologie nous semble nettement préférable car elle traduit au mieux les réalités concrètes et observables qui doivent être associées à ce concept.

Posséder une qualité physique, c'est bien sûr être doté du potentiel et des capacités motrices qui la sous-tendent mais aussi posséder et maîtriser l'ensemble des paramètres physiologiques et psychologiques qui permettent de la mettre en oeuvre.

En d'autres termes, une qualité physique, c'est une caractéristique globale de la motricité, et un individu ne la possède vraiment que s'il est capable de la mobiliser dans la plupart des situations rencontrées. Cette qualité est donc dotée d'un caractère transférable et opérationnel, qui va faciliter l'acquisition et la qualité des apprentissages moteurs auxquels sera soumis l'individu qui en est détenteur. En ce sens, elle dépasse largement les notions plus restrictives de "potentiel" ou de "capacité physique" : en effet, celles-ci ne recouvrent que les caractéristiques supposées d'un individu ; elles n'impliquent pas qu'il est capable de les utiliser.

Dans le domaine du sport, il est bien plus important de pouvoir affirmer "cet athlète fait telle performance", que de dire: "cet athlète vaut telle performance". Dans le premier cas on se situe dans le domaine du réel ; dans l'autre, hélas, parfois dans le domaine du rêve. Or, c'est bien dans le domaine du réel qu'il convient de se positionner si l'on s'intéresse au problème des qualités physiques qu'il faut concevoir comme les qualités personnelles s'exprimant au travers de la pratique physique.

À ce titre, elles requièrent le meilleur compromis possible entre tous les paramètres susceptibles d'influencer cette pratique physique, que ces paramètres soient d'ordre bioénergétique, biomécanique, bio-informationnel ou psychologique. Vouloir réduire une qualité physique à un aspect unique, aussi important soit-il, est souvent source de désillusions.

À titre d'exemple, on citera l'attitude, trop souvent observée, consistant à assimiler la qualité physique d'endurance au seul paramètre physiologique que constitue le débit maximum d'oxygène (V02max). Certes, celui-ci s'avère un élément important de cette qualité; mais il ne la sature en aucun cas, et sa détermination n'est absolument pas suffisante pour pronostiquer une réussite dans ce domaine. Des exemples similaires pourraient être rapportés pour l'ensemble des qualités physiques qui couvrent le champ de la motricité humaine.

Il convient en effet d'admettre qu'il existe des qualités physiques différenciées, présentant entre elles des relations de dépendance et d'indépendance, et non pas une qualité globale et transférable, dont le niveau permettrait eh quelque sorte de donner une valeur motrice générale aux individus. Une telle approche, parfois évoquée dans certains travaux scientifiques (Brace, Johnson...), se trouve trop souvent contredite par les réalités du terrain pour que l'on puisse la retenir comme base de travail.

Dès lors, l'inventaire des qualités physiques s' avère un passage obligé.

 

2. LES DIFFÉRENTES FAMILLES DE QUALITÉS PHYSIQUES

Nombreuses ont été les tentatives pour identifier, classer, isoler les différentes qualités physiques. Nous présentons en annexe le résumé des principaux travaux établis à ce jour, et dont la permanence historique valide en quelque sorte l'intérêt du sujet.

Cependant, la tendance générale de ces différentes études consiste en une multiplication des catégories, dont l'ampleur rend difficile l'utilisation en situation d'entraînement. Dans le cadre de la préparation physique en particulier, et compte tenu de la volonté affirmée de couvrir tout le champ de la motricité, une telle orientation nous semble inexploitable.

Sans que cela remette en cause la validité de ces modèles, il nous a donc semblé plus opérationnel de nous orienter non pas vers une classification mais vers un regroupement en "familles" des qualités physiques fortement dépendantes les unes des autres.

Cette orientation commune permet ainsi d'identifier les quelques grands secteurs de la motricité qui, répondant à des caractéristiques similaires, sont susceptibles d'être développées par des procédures semblables ou du moins présentant une compatibilité importante.

Nous avons ainsi été amené à distinguer trois grandes catégories dont l'exploitation nous a jusqu'à présent donné toute satisfaction.

* En premier lieu, il semble nécessaire, pour construire une motricité élaborée, de développer la faculté d'exprimer des actions d'intensité maximale, c'est-à-dire caractérisées par l'expression à la fois de forces importantes, mais aussi de vitesses élevées.

Nous regrouperons tous ces paramètres dans une seule et même famille : celle des qualités de puissance

* Cependant, être capable d'exprimer une motricité d'intensité élevée ne peut pas permettre de répondre à l'ensemble des contraintes provoquées par la pratique sportive. Il est nécessaire d'obtenir et de développer par ailleurs la faculté d'exprimer cette motricité pendant la durée la plus importante possible.

Tous les paramètres susceptibles de participer au développement de cette qualité seront eux-aussi regroupés en une seule et même famille, celle des qualités d’endurance.

* Enfin, il va s'avérer nécessaire de développer complémentairement la faculté d'exprimer une motricité capable de tirer le meilleur profit des ressources disponibles, c'est-à-dire une motricité ayant le plus haut niveau d'efficacité possible. L'ensemble des paramètres impliqués seront ainsi regroupés dans une troisième catégorie formée par les qualités d’adresse.

Tout le savoir-faire du préparateur physique va dès lors consister à établir la meilleure stratégie pour contribuer au développement optimal de ces trois grandes catégories de qualités, qui toutes présentent un intérêt déterminant dans la pratique sportive (tableau 2).

Certes, leur importance relative va dépendre de nombreux paramètres externes ou internes à l'athlète, parmi lesquels on peut citer, dans un ordre non hiérarchique :

- les caractéristiques génétiques, morphologiques et bioénergétiques de l'athlète

- les caractéristiques techniques et énergétiques de l'activité

- la période concernée du processus d'entraînement dans laquelle le sportif se trouve engage

On mentionnera également :

- la phase de son développement dans le processus de croissance et de maturation

- son niveau de maîtrise au regard de l'activité pratiquée.


Ces deux derniers points revêtent d'ailleurs un intérêt particulier. Les études les plus sérieuses sur le sujet confirment, en effet, que les relations d'interdépendance entre les trois grands secteurs des qualités physiques ne possèdent pas les mêmes caractéristiques selon que l'on s'adresse à un individu expert ou à un débutant, à un adulte ou à un jeune. Zatziorski note à ce sujet: "Les qualités physiques s'individualisent, deviennent de plus en plus indépendantes, en même temps que s'accroît le niveau d'expertise de ceux qui les développent".

En effet, plus un système est efficace, plus il fonctionne sur un mode hiérarchisé et intégré et plus il devient spécifique. Les retombées concrètes de ce constat sont extrêmement importantes pour l'entraîneur, car les procédures de développement des qualités physiques vont différer sensiblement suivant qu'elles s'adresseront à des individus jeunes et débutants ou à des individus experts.

En effet, au premier niveau, le développement d'une qualité physique semble faire progresser l'ensemble des autres (exemple : l'amélioration des indices d'endurance fait augmenter ceux de l'adresse, de la force, de la vitesse, etc.). Passé ce premier stade, l'augmentation du niveau d'une qualité déterminée ne semble plus exercer d'effets positifs sur les autres qualités.

Enfin, si l'apprentissage a été poursuivi jusqu'à un bon niveau de maîtrise, les gains obtenus dans un secteur semblent l'être au détriment des autres secteurs (exemple: l'amélioration de la qualité d'endurance fait régresser les indices de puissance, donc de force et de vitesse, et réciproquement.


 

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