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Récupération des niveaux de vigilance et de performance après un éveil prolongé PDF Imprimer Envoyer
  
La privation de sommeil prolongée (deux nuits sans dormir) ou la dette de sommeil comme celle subie lors d'un décalage horaire est à l'origine d'un ensemble de symptômes pénalisants sur le niveau de vigilance et de performance des sujets. Le temps de récupération, nécessaire après ces perturbations du rythme veille-sommeil, varie en fonction de paramètres propres au sujet lui-même ou dépendent de l'environnement. Certaines mesures essentiellement de type physiologiques (petits sommes, alimentation, photothérapie, renforcement des synchroniseurs sociaux) sont proposées. L'approche pharmacologique est discutée et l'auto-médication déconseillée.

Mots-clés : Privations de sommeil - Vigilance - Performance - Récupération.


 



Les éveils plus ou moins prolongés (1 ou 2 nuits blanches consécutives), une dette limitée de sommeil mais associée à une désynchronisation des rythmes biologiques, comme cela se passe dans le cas du décalage horaire, sont à l'origine d'une baisse importante du niveau de vigilance et du niveau de performance. La durée et le niveau de récupération des sujets soumis à ces situations parfois extrêmes, sont variables en fonction d'un certain nombre de facteurs qui sont: -les caractéristiques du sommeil du sujet et sa sensibilité à la perturbation de ses rythmes biologiques. -l'importance de la perturbation induite -les mesures mises en oeuvre pour faciliter la récupération. Ces trois parties serviront de plan à l'exposé de ces quelques notions relatives à la récupération après une perturbation plus ou moins importante du rythme veille-sommeil, et seront suivies d'une discussion sur l'application de ces données au sportif de haut niveau.

CARACTÉRISTIQUES DU SOMMEIL D'UN SUJET ET SENSIBILITÉ A LA PERTURBATION DE SES RYTHMES BIOLOGIQUES

Le sommeil est un phénomène vieux comme le monde. Les premières couches datées remontent à environ cent trente mille ans, à l'époque du paléolithique inférieur, où l'on a retrouvé dans l'habitation dite de l'homme de Lazaret des restes de ce que l'on pense être du matériel de couchage varech arrangé en litière recouvert de peaux de bêtes. Pourtant en dépit de ses origines, contemporaines de la vie, on ne sait toujours pas quelle est la fonction physiologique précise du sommeil. En revanche on sait qu'il est indispensable, car sa privation prolongée provoque des modifications de l'humeur, altère les facultés de jugement et peut conduire à la démence et à la mort. Sommeil et mort sont effectivement intimement associé dans l'inconscient collectif, peut-être parce que Hypnos, le dieu grec du sommeil, est le frère jumeau de Thanotos celui de la mort, eux-mêmes fils incestueux d'Erèbe, divinité des ténèbres infernales et de sa sœur Nyx (la nuit). Ainsi, depuis la haute antiquité, toutes les civilisations se sont intéressées au sommeil avec parfois des préoccupations plus militaires que scientifiques.

Il est convenu de situer le début des études scientifiques modernes peu après le premier enregistrement électroencéphalographique par Hans Berger en 1929. C'est ainsi que Loomis, Harvey et Hobart décrivent les différents stades du sommeil en 1937, et Kleitman identifie une phase particulière durant laquelle le sujet, dans un état de résolution musculaire profonde, présente des mouvements oculaires rapides et une activité cérébrale intense, cette phase sera appelée sommeil paradoxal par Jouvet en 1959. Ce n'est finalement qu'en 1968 que Rechtschaffen et Kales proposent une classification des différents stades de vigilance encore reconnue de nos jours.

Il est toujours très difficile de définir ce comportement pourtant si banal. On pourrait dire que le sommeil est une suspension partielle, périodique et immédiatement réversible sous l'effet d'une stimulation significative, des rapports sensitivo-moteurs de l'organisme avec son environnement. Ce n'est pas un processus passif mais au contraire un processus physiologique actif avec plusieurs stades comportementaux distincts.

L'avancement de l'électrophysiologie a permis d'aller plus loin dans la définition des différents stades de sommeil et de l'éveil.

En effet de la même façon qu'un électrocardiogramme permet de recueillir l'activité électrique du cœur, l'électroencéphalogramme permet de recueillir l'activité électrique du cerveau. Mais celle-ci correspond à des phénomènes de faible amplitude (de l'ordre du microvolt) qui doivent donc être très amplifiés pour pouvoir être analysés sur un tracé. Il existe quatre rythmes physiologiques (alpha, bêta, thêta et delta) définis par leur fréquence exprimée en cycles par seconde dont l'aspect graphique final (amplitude, forme) dépend de leurs caractéristiques initiales et des conditions d'enregistrement.

C'est ainsi que l'on définit le stade d'éveil par une activité rapide bêta et alpha associée à la persistance du tonus postural et des réactions d'orientations aux différents stimuli extérieurs. Le stade t de sommeil (5% du temps total de sommeil) appelé endormissement est constitué d'ondes alpha et théta, associés à la perte du contrôle de la pensée et l'apparition progressive d'hallucinations auditives, visuelles ou vestibulaires vécus comme si elles appartenaient à la réalité. Le stade 2 de sommeil (50% du temps total de sommeil) présente un tracé polygraphique proche du stade 1 mais avec la présence de quelques grapho élements spécifiques (complexes K, fuseaux de sommeil) : c'est le sommeil lent léger. Les stades 3 et 4 constituent le sommeil lent profond (20 % du sommeil total), ils sont caractérisés par une activité delta, un tonus musculaire faible et une activité oculaire inexistante. Enfin le sommeil paradoxal (20 % du sommeil total) est proche sur le plan polygraphique du stade i mais avec des mouvements oculaires rapides et une abolition complète du tonus musculaire.

L'association d'une période de sommeil lent suivie d'une période de sommeil paradoxal constitue un cycle de sommeil. Chaque nuit se compose de 4 à 6 cycles d'environ 90 minutes chacun chez l'adulte jeune (cf. Hypnograrmme). Il existe de " longs dormeurs" qui peuvent dormir jusqu'à 12 heures et de "courts dormeurs " qui peuvent ne dormir que 4 heures par nuit. Il y a les gens du matin (qui se lèvent tôt et se couchent tôt) et les gens du soir (qui se couchent tard et se lèvent tard). il y a des bons dormeurs que rien ne réveille et les mauvais au sommeil très léger. Ainsi tout individu est génétiquement déterminé dans son type de sommeil. De plus l'âge fragilise le sommeil : le sommeil lent profond diminue, les réveils nocturnes augmentent et la répartition du sommeil paradoxal devient homogène au cours de la nuit.

Mais le sommeil est avant tout un rythme circadien, c'est-à-dire un rythme dont la période est de l'ordre de 24 heures. Cependant, les connaissances acquises ces vingt dernières années amènent à considérer le rythme veille-sommeil, non pas comme une fluctuation entre deux niveaux : être éveillé ou endormi, mais plutôt comme la variation cyclique sur 24 heures du niveau de vigilance, où selon le moment, l'éveil ou le sommeil tendent à l'emporter. Cette notion de rythme circadien revêtira une grande importance lors de l'étude des perturbations du rythme veille-sommeil que l'on rencontre régulièrement au cours de notre vie. Bien que le but précis du sommeil Soit encore en partie inconnu, il est admis que le sommeil lent profond corresponde au sommeil dît de " récupération" et le sommeil paradoxal au monde de l'affectivité (période privilégiée mais non unique du rêve) et des phénomènes amnésiques. De ce fait toute perturbation, aussi minime qu'elle puisse apparaître, de ce rythme veille-sommeil va être à l'origine d'un certain nombre de symptômes plus ou moins invalidants en fonction de l'importance de la perturbation. Sans aller jusqu'au record du monde d'éveil continu réussi par un américain de 17 ans Randy Gardner en 1965, qui est resté éveillé 264 heures et 12 minutes, tous les travailleurs de nuit, tout le personnel navigant des compagnies aériennes, de nombreux militaires en mission opérationnelle, les sportifs et les touristes effectuant des vols transméridiens vont connaître des troubles de la vigilance, de l'humeur, du transit digestif et des performances psychomotrices.

La sensibilité d'un sujet à la perturbation de ses rythmes veille-sommeil est polymorphe, elle dépend essentiellement de quatre facteurs : les facteurs individuels, les facteurs d'environnement, le sens du déplacement pour le "jet-lag " et l'association éventuelle avec les facteurs propres à la mission.

En dehors des états pathologiques, l'âge du sujet semble jouer un rôle relativement mineur dans le cadre des facteurs individuels. Cependant dans certains travaux les sujets inclus dans la fourchette d'âge 40-60 ans semblent plus vulnérables aux privations de sommeil que les sujets plus jeunes. En raison de l'apparition tardive des maxima et des minima du cycle circadien, le décalage du rythme " vers la droite " (nécessaire après un vol vers l'ouest) est plus facile pour la " personne du soir" que pour la " personne du matin ".

Les facteurs d'environnement semblent jouer un rôle beaucoup plus important. En effet, à coté du franchissement des fuseaux horaires et du travail posté, facteurs très influents de l'environnement sur le sommeil, le bruit, la température, l'altitude, le confort interviennent pour une bonne part dans la qualité et la quantité de sommeil. En ce qui concerne le bruit, il apparaît que ce qui importe au niveau de la perturbation du sommeil est la différence entre le fond sonore habituel avec lequel vit et dort le sujet et le niveau maximum de bruit observé : plus grande sera la différence, plus grande sera la modification du sommeil. Cependant, les changements obtenus dans la qualité du sommeil peuvent diminuer lors d'expositions répétées aux bruits mais le mécanisme physiologique reste inconnu. Les relations sommeil et ambiance thermique ont surtout été étudiées par Muzet à Strasbourg, il semble qu'un sommeil normal soit compatible avec des températures comprises en 22 et 250 ; au delà mais surtout en deçà la privation de sommeil en résultant est liée à une diminution de la qualité des performances mentales. Les quelques études réalisées en altitude indiquent un accroissement de la latence d'endormissement mais une augmentation de la durée totale du sommeil. Enfin, le confort au sens large du terme est souligné par tous les sujets. La qualité du couchage et de l'environnement psychosocial influent sur la motivation ; l'expérience de la situation vécue par le sujet ou par son entourage semble jouer un rôle important sur la qualité subjective du sommeil.

Enfin le sens dans lequel s'effectue la rotation joue un rôle certain. Les vols vers l'ouest paraissent mieux supportés que les vols vers l'est.

 


PERTURBATIONS INDUITES PAR LES PRIVATIONS DE SOMMEIL ET LES MODIFICATIONS DU RYTHME VEILLE-SOMMEIL


Bien que le rôle exact et complet du sommeil ne soit pas encore entièrement connu, de nombreux travaux ont montré la fonction restauratrice du sommeil et la capacité qu'il donne au sujet de réduire sa vulnérabilité au stress. L'absence totale et prolongée de sommeil est mortelle. Rechtschaffen rapporte une expérimentation de privation de sommeil chez le rat ; après cinq à six jours les animaux ont présenté un degré de stress élevé accompagné de lésions cutanées, de désordres moteurs et de perte de poids, une baisse considérable de l'activité électrique du cerveau et des ulcères digestifs. Les rats sont morts après 5 à 33 jours, selon les animaux, de privation totale de sommeil. L'homme semble également très affecté par une privation totale et prolongée du sommeil.


Il apparaît ainsi que lorsque la privation de sommeil augmente ; la réalisation de tout travall devient de plus en plus pénible. Cependant il est intéressant de noter que certaines tâches sont plus " vulnérables " que d'autres. Les tâches les plus affectées par la privation de sommeil sont celles qui sont soit complexes, soit inintéressantes, soit de longue durée et demandant une attention soutenue, Soit enfin les tâches insuffisamment ou nouvellement apprises. A l'opposé, les tâches les moins rapidement affectées sont les tâches courtes, simples, bien apprises et intéressant directement l'opérateur. Les tâches comportant une charge de travail importante sont les plus dégradées en raison de l'augmentation des fautes d'attention. Les tâches routinières présentent une réduction importante du taux de réponse en raison du manque d'enthousiasme et de motivation du sujet à agir ou à répondre. Enfin, les tâches physiques ne sont affectées que lors d'atteinte sévère de l'intégrité physique. Un autre aspect lié aux privations de sommeil mérite d'être signalé en raison de son impact insidieux sur la conduite d'une mission. ils'agit des modifications des facteurs psychiques. En effet, lors d'une privation de sommeil, les modifications d'humeur les plus Souvent rapportées sont: la fatigue, l'irritabilité, des Sentiments de persécution, l'impossibilité de se concentrer, des périodes de fausses interprétations et de désorientation. Ces altérations apparaissent souvent après deux nuits de privation. Les variations de l'humeur ne sont pas les seuls paramètres mentaux à être modifiés. Les baisses de l'attention deviennent de plus en plus fréquentes et importantes, l'information n'est Souvent pas enregistrée. La capacité d'initiative décroît mais les tâches imposées sont moins affectées. La perspicacité est réduite, la performance et les capacités sont surestimées. La motivation est faible. La mémoire à court terme est altérée.

Enfin certains paramètres physiques subissent également des perturbations. Une certaine fatigue visuelle apparaît rapidement, essentiellement chez des sujets devant lire ou surveiller des écrans. L'hygiène, notamment les soins personnels, sont négligés. La sensation de faim est augmentée durant le temps passé en éveil.

Une récapitulation des principaux effets observés sur les processus mentaux et sur l'humeur ainsi que les tâches les plus altérées par une privation de sommeil, sont présentées dans le tableau J.


Symptomatologie due au décalage horaire ou "Jet-lag"


Pour apparaître, cette symptomatologie nécessite, le franchissement rapide de quatre à cinq fuseaux horaires et persiste quatre à cinq jours avant qu'un équilibre soit retrouvé le sujet reprenant un rythme physiologique de base. En réalité, il a été montré que,si apparemment l'ensemble des désordres fonctionnels rentrait dans l'ordre, certains rythmes fondamentaux comme celui de la température ou de certaines sécrétions hormonales ne se remettaient en phase avec le nouveau rythme imposé que beaucoup plus lentement (2 à 3 mois selon le cas).

Les principaux troubles observés sont ceux affectant le sommeil et l'appareil digestif. Les troubles du sommeil consécutifs au décalage existent dans 78 % des cas. Ils'agit de difficultés à l'endormissement, d'insomnie nocturne, de réveils précoces et de somnolence diurne. Les troubles digestifs observés, parfois aggravés par le changement de régime alimentaire, sont essentiellement dus aux variations incessantes de l'horaire des repas. Mais cette symptomatologie n'est pas la seule manifestation d'une altération du rythme veille-sommeil.

Les perturbations des autres rythmes biologiques comme celui de la température ou des sécrétions hormonales, concomitants physiologiques du rythme veille-sommeil, sont peut-être à l'origine d'altérations plus ou moins profondes du fonctionnement général de notre organisme et de son métabolisme de base. Une équipe de chercheurs militaires des Pays-Bas a ainsi distingué des effets chroniques observés surtout chez le personnel navigant et dus à des modifications répétées du rythme veille-sommeil. (Cf tableau 11).

L'ensemble de cette symptomatologie, qu'il s'agisse d'effets aigus ou d'effets chroniques, est retrouvée de façon systématique et à des degrés divers dans les travaux évaluant la quantité et la qualité du sommeil du personnel navigant. Il est à remarquer que dans la liste des effets observés, celui de la dégradation des performances, tient une place majeure.

 

 

MESURES MISES EN ŒUVRE POUR FACILITER LA RÉCUPÉRATION



Après une privation de sommeil

Le meilleur traitement à une privation de sommeil est le sommeil. Cet aphorisme est vérifié systématiquement mais de façon variable en fonction de la durée de cette privation. C'est ainsi qu'après une privation de sommeil de longue durée (64 heures soit 2 nuits blanches et 3 jours consécutifs) deux nuits complètes de 8 heures chacune sont nécessaires mais suffisantes pour récupérer le niveau antérieur de vigilance et de performance psychomotrice. En revanche, une semaine semble utile pour que le sujet soumis à cette privation " reprenne ses marques " et sur le plan subjectif ne se sente pas différent d'avant la privation.

Des privations plus modérées de sommeil mais répétées provoquent égaiement une réduction significative des performances. Dans ce cas, le meilleur traitement est encore le sommeil mais pris de façon courte et fractionné, c'est le " napping " des Anglo-Saxons qu'il est intéressant de développer.

Pour Gilbert, un " nap " est une période de sommeil comprise entre trente minutes et deux heures. Pour Dinges et coll. un " nap " est une période de sommeil dont la durée est inférieure à la moitié du temps de sommeil nocturne habituel. Cependant, Taub et coll. ne trouvent que très peu de différence entre des siestes de trente minutes et de deux heures en terme de restauration des performances. Lumiey et coll. ont comparé l'effet, sur la performance, des siestes de 0,15,30,60 et 120 minutes aucune différence n'ayant pu être mise en évidence entre des " naps " de 60 et 120 minutes. Webb, en 1987, a comparé l'effet, après une nuit de privation de sommeil, d'un " nap " de 2 heures entre 22 heures et 24 heures et remarque que la longue période de sommeil est la plus efficace en terme de performance. Mais parallèlement, les travaux effectués ont montré que la durée des naps n'était pas le seul élément à prendre en compte. La situation circadienne du " nap " joue un rôle de premier plan. Naitoh a comparé l'effet, sur les performances, d'un " nap " de deux heures après 45 heures d'éveil, situé entre 4 heures et 6 heures, et d'un " nap " de même durée après 53 heures d'éveil, situé entre 12 heures et 14 heures. il constate alors que le " nap " de midi a un effet nettement positif sur les performances, le " nap " du matin restant inefficace. Naitoh conclut ainsi que l'effet restaurateur d'un "nap" ne dépend pas que de sa durée, mais aussi, et de manière plus importante, de la durée d'éveil qui le précède et de l'heure à laquelle il se situe. D'autres études ont donné des résultats comparables, résultats qui ont été rapprochés de ceux issus des travaux relatifs à la variation circadienne de la tendance à l'endormissement.

L'étude rétrospective des enregistrements électroencéphalographiques et de la température de sujets en désynchronisation interne lors d'expériences " en libre cours " a permis à Strogatz et coll de déterminer les relations de phase entre les endormissements spontanés et la courbe de température. Employant une méthode mathématique leur permettant de ramener les périodes du cycle de température à 24 heures, ils ont retrouvé une répartition bimodale de la tendance à l'endormissement, avec une première zone, dit " d'éveil interdit ", proche du minimum thermique, et une deuxième zone dite de sommeil facilité apparaissant à peu près 9 heures après le minimum thermique, ce qui correspond chez un sujet dormant habituellement entre 23 heures et 7 heures, à des zones situées autour de 4 heures et de 15 heures. Ils trouvent également deux zones, larges de 2 à 3 heures, où la probabilité d'endormissement spontané est très faible ; une première zone se situe à peu près 5 heures après le minimum thermique, ce qui correspond, chez un sujet dormant habituellement de 23 à 7 heures, à des zones centrées autour de 21-22 heures et de 10-11 heures. Carskadon et coU avaient déjà remarqué que des sujets en privation partielle de sommeil étaient incapables de s'endormir environ 18 heures après le minimum thermique, c'est à dire autour de 22h30. Lavie travaille avec une méthodologie proche de celle de Carkadon, puisqu'il impose à ses volontaires des cycles veille-sommeil ultra courts de 20 minutes.

Ce type de protocole expérimental, permettant de mesurer la quantité de sommeil effectué lors de chaque période de 20 minutes a permis de mettre en évidence la distribution bimodale de la somnolence, avec une crête de somnolence nocturne prédominante et un pic de somnolence secondaire en milieu d'après-midi. Lavie trouve également une période de sommeil interdit " qu'il situe autour de 20-22 heures. Ainsi, il est possible de résumer l'ensemble de ces données, qui sont toutes remarquablement cohérentes d'un travail à l'autre, par la figure 2, décrivant les variations de la tendance à s 'endormit d'un sujet dormant habituellement de 23 heures à 7 heures.

Ainsi donc, le " nap ", ou petit somme pris en début d'après-midi, correspond parfaitement à la zone dite de sommeil facilité, c'est à dire à une phase favorable de la variation circadienne de la tendance à l'endormissement, lui permettant de récupérer au mieux ses performances. La possibilité de prendre, une à deux fois par 24 heures, un " nap " revêt parfois une importance capitale. Le cas des opérations soutenues en milieu militaire représente souvent d'excellentes illustrations de ces Situations extrêmes. A titre d'exemple, nous retiendrons les expériences de Haslam qui trouve, chez des soldats d'infanterie entraînés en situation d'opération soutenue avec une privation de sommeil de 90 heures, des performances cognitives dont la moyenne est égaie à la moitié de celles des sujets contrôles. Après une épreuve d'opération soutenue de 6 jours avec 1h30 de sommeil par 24 heures les trois premiers jours et une privation totale de sommeil les trois suivants, les soldats ont vu leurs performances cognitives chuter à 37 % de la ligne de base. Au cours d'une expérience précédente, Haslam, essayant de déterminer combien de temps la section expérimentée pouvait rester efficace sur le terrain, trouve qu'un groupe sans période de sommeil reste efficace trois jours, qu'un groupe bénéficiant d'un " nap " de 1h30 par 24 heures reste efficace six jours et qu'un groupe bénéficiant d'un " nap " de trois heures reste efficace neuf jours. Bien sûr, ces résultats doivent être interprétées avec prudence, car tout dépend de ce que l'on entend par " efficace ". un sujet peut croire rester efficace ou être réellement efficace pour certaines tâches bien définies et se trouver totalement incapable d'en effectuer une autre. Quoi qu'il en soit, ces quelques travaux montrent bien l'importance d'un taux minimum de sommeil par 24 heures pour maintenir ses performances à un niveau satisfaisant. Certes, le sommeil de jour est différent de par sa structure du sommeil de nuit, certes l'efficacité du " nap " dépend de son placement temporel mais quelle que soit sa durée ou sa place dans le nyscthémère, le " nap " autorise le plus souvent la réalisation de missions ou d'exploits sportifs irréalisables sans ce minimum vital de sommeil.

 

Après avoir subi un décalage horaire


La diététique

La composante principale consiste à programmer des journées alternées avec régime riche puis pauvre en calories, les petits déjeuners et déjeuners étant riche en protéines, et les repas du soir riches en hydrates de carbone. Les repas riches en protéines sont censés augmenter la vigilance en stimulant les systèmes adrénergiques, et les repas riches en hydrates de carbone doivent au contraire faciliter le sommeil. Mêmesi l'idée de départ repose sur quelques résultats scientifiques, l'efficacité de cette méthode n' a pas été retrouvée par d'autres équipes de recherche. De plus, il apparaît assez contraignant de suivre un tel régime pour un résultat aléatoire.


La synchronisation avant le vol

Elle consiste à se mettre à la future heure locale avant le départ. Mais, pour atteindre une bonne synchronisation des rythmes, il faudra autant de jours que de fuseaux traversés. Ce qui n'est pas très pratique pour la période précédant le déplacement. Par ailleurs, cette technique risque d'induire des symptômes avant même le début du voyage, ce qui n'est pas le but recherché.

De plus, sortir dans l'avion alors que votre voisin savoure un plat chaud ou regarde le film n'est pas très réaliste. Pour le touriste, les vacances commencent dans l'avion, et le passager veut à juste titre profiter des avantages offerts.


Les petits sommes

Un petit somme, dès que les circonstances le permettent, peut se révéler précieux pour récupérer et améliorer son niveau de vigilance. De nombreux travaux ont montré que des sommes répétés de vingt minutes favorisent la récupération des performances et le comportement psychologique. Cependant, il ne faut pas en abuser, car, s'ils sont trop longs et réalisés juste avant l'aurore, ils peuvent conduire à une exagération des difficultés d'endormissement le soir et peuvent interférer avec la continuité du sommeil.


Le renforcement des synchroniseurs sociaux

C'est peut-être le meilleur moyen physiologique de réduire les effets du décalage horaire. S'exposer à la lumière et aux activités locales pendant la journée permet à un sujet de se plonger immédiatement dans la vie active du lieu de destination et de s'adapter plus rapidement que le sujet qui reste confiné dans sa chambre d'hôtel. L'explication de cette observation vient notamment de l'effet de la lumière (photothérapie) sur plusieurs systèmes nerveux, dont la sécrétion de la mélatonine par la glande pinéale.

Parmi les nombreuses autres recommandations figure la pratique d'une activité physique, qui,si elle n'est pas en elle-même à l'origine d'une meilleure resynchronisation, peut être favorisante par l'exposition à la lumière et l'activité diurne qu 'elle provoque. En revanche la prise de douches chaudes ou de bain tièdes pendant la journée pour faire varier la température interne du corps n'apparaît ni très efficace ni réaliste.

 

DISCUSSION- CONCLUSION

Comme nous venons de le voir, l'homme est sensible à son environnement. Les situations contraignantes modifient le sommeil en fonction non seulement du niveau de stress ressenti par le sujet mais aussi du moment de la journée où la réaction à la contrainte a eu lieu. Un exemple est donné par des modifications du sommeil induits par des activités physiques et sportives.si l'exercice est mal toléré, ils'accompagne d'une augmentation de la sécrétion de la glande corticosurrénale, utilisé ici comme un marqueur de stress. Le sommeil est alors plus agité et le sommeil lent profond diminue lors de la nuit suivante. Si l'activité physique est bien tolérée par le sujet (pas d'activation corticosurrénalienne), le sommeil lent profond est augmenté lors de la nuit suivante et se retrouve au cours de tous les cycles du sommeil.

Ceci dit, la privation de sommeil considérée comme stress en elle-même va modifier les performances de l'individu essentiellement les performances psychomotrices et cognitives. Les performances purement physiques sont généralement peu modifiables et la plupart des auteurs retrouvent simplement, même après une privation de deux à trois jours, une altération de certains paramètres respiratoires et métaboliques lors de la phase de récupération après effort. Les mesures " naturelles " dites physiologiques par opposition à " artificielles " ou pharmacologique, sont celles qui doivent être préconisées en milieu sportif. Elles ne coûtent pas chers, demandent une discipline et une hygiène de vie que le sportif possède déjà. La règle d'or en la matière est de respecter, autant que faire se peut, les rythmes biologiques de l'individu et les exigences physiologique de l'organisme relatives au quota minimum de sommeil nécessaire (variable selon les Sujets). L'approche pharmacologique de la récupération, c'est à dire les substances pharmacologiques permettant d'induire un sommeil récupérateur dans un environnement peu propice au sommeil, ou les substances permettant un éveil prolongé de qualité, ou enfin, celles qui sont potentiellement susceptibles d'accélérer une resynchronisation des rythmes biologiques après un décalage horaire, ne figure pas volontairement dans cet exposé. En effet il s'agit d'un aspect délicat posant un problème d'éthique pour le sportif. La règle serait de ne prendre aucune substance pharmacologique avant une épreuve sportive en raison des éventuels effets secondaires, si le délai entre la prise et la compétition est trop court, et en raison des contrôles anti-dopages répertoriant une liste importante de substances médicamenteuses. L'utilisation de substances pharmacologiques demande une bonne connaissance non seulement des effets primaires et secondaires engendrés mais aussi de la demi-vie de la molécule administrés, de sa durée d'action etc...

Par prudence et par esprit sportif: pas d'auto-médication. En revanche, dans certaines situations bien précisées, il pourrait être possible sans réel risque, d'utiliser la pharmacopée pour faciliter la récupération de la performance après une perturbation du rythme veille-sommeil.

 


POUR EN SAVOIR PLUS

D. LAGARDE - Place de la pharmacopée dans la prévention du décalage horaire. Bulletin de la Société de Pathologie Exotique - 1997 ; 90,4: 291-292.